22. Le rôle des banques commerciales dans la création de crédit

Londres, été 1640. La Couronne est à court d'argent et la guerre gronde en Écosse. Charles Ier trouve une ressource expéditive : la Tour de Londres, où la Monnaie royale garde en dépôt l'encaisse des marchands de la Cité — quelque 130 000 livres de métal précieux. Le roi fait fermer les coffres et « emprunte » le tout. L'or sera rendu après négociation, mais la leçon ne s'effacera plus : la garde royale n'est pas sûre. Les marchands déménagent leur métal chez des artisans déjà équipés de coffres, de balances et de registres — les orfèvres.

L'orfèvre remet à chaque déposant un reçu, remboursable à vue. Très vite, ces reçus circulent : pourquoi retirer l'or pour payer, quand le papier qui le représente est accepté ? Puis vient la découverte décisive : une fraction seulement des reçus revient à l'encaissement, les retraits des uns compensant les dépôts des autres. L'orfèvre peut donc prêter — non pas en sortant les pièces de ses clients, mais en émettant de nouveaux reçus, au-delà de l'or qu'il détient. En une génération, le reçu de dépôt devient billet de banque, l'orfèvre devient banquier, et une vérité dérangeante entre dans l'histoire monétaire : le crédit fabrique des moyens de paiement.

Près de quatre siècles plus tard, le mécanisme n'a pas changé — seul le support s'est numérisé. Le chapitre 21 l'a établi : la monnaie moderne est une architecture de promesses, et l'essentiel de ce que nous appelons « argent » est un dépôt bancaire. Ce chapitre ouvre la salle des machines : qui fabrique ces dépôts, par quelle écriture exacte, ce qui arrête la machine — et pourquoi le crédit bancaire est l'un des cadrans les plus utiles de votre tableau de bord d'investisseur.

Frise 1640-1685 : de la saisie royale de la Tour de Londres aux reçus d'orfèvres circulant comme billets, en trois étapes.

De la saisie royale de 1640 aux billets des années 1680 : le crédit de l'orfèvre fabrique des moyens de paiement.

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Repères — Niveau : Intermédiaire · Prérequis : chapitre 21

À la fin de ce chapitre, vous saurez :

  • l'écriture exacte par laquelle un crédit crée un dépôt — et celle qui le détruit ;
  • pourquoi créer un dépôt et le conserver sont deux affaires différentes ;
  • les quatre freins qui bornent réellement le crédit — aucun n'est un stock d'épargne.

Ce chapitre lit des bilans. Deux colonnes, une égalité : rien de plus n'est supposé.

Une banque n'est pas une tirelire : l'anatomie du bilan

L'image populaire fait de la banque un coffre qui garde votre argent et prête « l'argent des autres ». Le chapitre 21 a déjà fissuré cette image — votre dépôt n'est pas un billet rangé dans un tiroir, c'est une créance sur la banque, une ligne de son passif. Pour comprendre ce qu'elle fait vraiment, regardez-la comme les analystes : un bilan, deux colonnes tenues par une égalité.

À l'actif, ce que la banque détient : des crédits à la clientèle — le cœur du métier, autour de 60 % dans notre coupe stylisée —, un portefeuille de titres, des réserves en banque centrale, et le reste. Au passif, ce qu'elle doit : les dépôts de la clientèle d'abord, puis des financements levés sur les marchés, et, tout en bas, la tranche fine qui porte l'édifice : les fonds propres, autour de 8 % — l'argent des actionnaires, premier amortisseur des pertes.

Les ordres de grandeur donnent le vertige : le bilan de BNP Paribas avoisinait 2 600 milliards d'euros fin 2023, l'équivalent d'environ neuf dixièmes du PIB annuel de la France ; et l'encours de crédit aux ménages et aux entreprises y frôlait 2 900 milliards d'euros fin 2024.

Le métier, lui, tient en deux mots : transformation d'échéances. Une banque emprunte court — des dépôts exigibles à vue — et prête long — des crédits immobiliers sur vingt ans. Elle vit de l'écart, la marge d'intérêt, complétée par les commissions. Deux confusions sont à proscrire d'emblée : les réserves (un actif liquide, pour régler les paiements) ne sont pas les fonds propres (une ressource, pour absorber les pertes) ; manquer des premières est un problème de liquidité, manquer des seconds, un problème de solvabilité.

Bilan stylisé d'une banque commerciale : 60 % de crédits à l'actif ; dépôts, financements de marché et 8 % de fonds propres au passif.

Une coupe stylisée : les crédits dominent l'actif, les dépôts le passif — et 8 % de fonds propres portent le risque.

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« Les crédits font les dépôts » : l'écriture qui crée la monnaie

Comment naît un crédit ? Le modèle intuitif — appelons-le le modèle du guichet — raconte ceci : la banque collecte l'épargne des uns, puis la prête aux autres. L'argent existerait avant le prêt, la banque ne serait qu'un tuyau. Ce modèle décrit correctement un fonds de dette ou une plateforme de financement participatif ; pour une banque, il est faux. La Banque d'Angleterre l'écrit sans détour dans un bulletin de 2014 devenu la référence : « chaque fois qu'une banque accorde un prêt, elle crée simultanément un dépôt correspondant sur le compte de l'emprunteur, créant ainsi de la monnaie nouvelle ».

Suivez l'écriture. Chez le notaire, vous signez un crédit immobilier de 200 000 €. Aucun coffre ne s'ouvre, aucun épargnant n'est ponctionné : la banque inscrit à son actif une créance de 200 000 € sur vous et, au même instant, crédite votre compte de 200 000 € — son passif s'allonge d'autant. Deux bilans grandissent d'un même geste : vous détenez un dépôt neuf (et une dette), la banque une créance (et une dette envers vous). Le dépôt n'a été prélevé nulle part : il vient d'être créé. C'est le vieil adage des économistes bancaires : les crédits font les dépôts — et non l'inverse.

L'échelle du phénomène est le paysage monétaire lui-même. Sur environ 18 000 milliards d'euros de masse monétaire M3 en zone euro (mai 2026), les espèces pèsent quelque 1 600 milliards : plus de neuf euros sur dix de la monnaie au sens large sont des dépôts et titres assimilés — de la monnaie de banque commerciale, née pour l'essentiel d'écritures de crédit. La monnaie que vous utilisez chaque jour n'est pas fabriquée par l'État : elle l'est, pour l'essentiel, par des établissements privés sous licence.

Dernière précision : le crédit n'est pas la seule porte — une banque qui achète un titre à un non-bancaire paie aussi en créant un dépôt ; l'inventaire complet attend au chapitre 23.

Deux modèles comparés : le guichet (faux) où la banque prête l'épargne, et l'écriture comptable (vrai) où un prêt de 200 000 € crée un dépôt neuf.

Le « guichet » attend l'épargne ; la banque réelle crée le dépôt d'un trait de plume — deux bilans s'allongent.

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Le dépôt voyage, la banque doit suivre

Objection immédiate : si créer de la monnaie est si simple, pourquoi les banques se disputent-elles nos dépôts ? Parce que créer un dépôt et le conserver sont deux affaires différentes.

Reprenez vos 200 000 €. Ils ne restent pas sur votre compte : vous payez le vendeur de l'appartement, client de la banque B. Votre banque A débite votre compte, la banque B crédite celui du vendeur. Entre les deux, il faut régler — et les banques ne se règlent pas en promesses : elles utilisent la monnaie du deuxième étage vue au chapitre 21, les réserves en banque centrale, transférées dans T2, le système de règlement de l'Eurosystème. Le dépôt créé par la banque A vit désormais chez la banque B, et 200 000 € de réserves ont changé de compte à la banque centrale.

Voilà la contrainte réelle : prêter engage à financer. La banque A doit remplacer la ressource partie — attirer des dépôts, emprunter aux autres banques, émettre des titres — ou laisser fondre son encours. En pratique, des millions de paiements se croisent chaque jour et s'annulent en grande partie : seules les positions nettes se règlent en monnaie centrale. À l'échelle du système, les fuites des unes sont les ressources des autres : si toutes les banques prêtent au même rythme, la caravane avance ensemble et les soldes restent modestes ; la banque qui court seule devant le peloton paie sa liquidité de plus en plus cher — premier frein naturel à l'emballement.

Notez enfin : les réserves ne sont jamais « prêtées » aux ménages — le public n'a pas accès aux comptes de la banque centrale ; elles circulent en circuit fermé entre banques et institut d'émission.

Paiement de 200 000 € entre clients de deux banques : le dépôt migre de la banque A vers la banque B, les réserves suivent via le règlement T2.

Créer, c'est s'engager à régler : le dépôt migre vers la banque B, 200 000 € de réserves suivent en monnaie centrale.

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La monnaie respire : création brute, destruction, solde

La création a une jumelle discrète : la destruction. Chaque mensualité contient du principal et des intérêts. Rembourser le principal éteint simultanément une part du dépôt du client et une part de la créance de la banque : les deux côtés du bilan se contractent. Le paiement des intérêts produit une écriture différente : il réduit lui aussi le dépôt du client, mais augmente le revenu — donc les fonds propres — de la banque. À cet instant, les dépôts et la monnaie bancaire diminuent. Puis la banque dépense à son tour — salaires, fournisseurs, intérêts servis aux épargnants, dividendes — et ces sorties recréditent des dépôts dans le public. La monnaie bancaire ne naît ni ne meurt avec le seul principal : elle respire au rythme du bilan entier.

Ce stock n'est jamais qu'un solde. Les nouveaux crédits et les actifs achetés par les banques à des non-bancaires créent des dépôts ; les remboursements de principal et les paiements adressés aux banques les détruisent ; les dépenses et distributions des banques les recréent. Le crédit reste le moteur principal, mais son flux net n'explique pas, à lui seul, chaque mouvement de la masse monétaire.

Deux épisodes récents donnent la mesure. Au printemps 2020, la France déploie les prêts garantis par l'État : environ 143 milliards d'euros accordés à près de 700 000 entreprises entre mars 2020 et juin 2022 — autant de dépôts créés d'un trait de plume, la trésorerie des PME au sommet ; début 2021, la masse monétaire M3 de la zone euro progressait de plus de 12 % sur un an, un rythme inédit depuis 2007. À l'inverse, début 2014, le crédit aux entreprises de la zone euro se contractait d'environ 3 % sur un an : la destruction l'emportait sur la création — toile de fond des taux négatifs et des TLTRO que les modules 11 et 12 raconteront.

Trois barres stylisées — 100 de crédits nouveaux, 85 remboursés, 15 de création nette — avec les épisodes des PGE 2020-2021 et du reflux 2013-2014.

Brut, remboursé, net : la masse monétaire suit le solde — les PGE l'ont gonflée, le reflux de 2013-2014 l'a asséchée.

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Pourquoi ne prêtent-elles pas sans limite ? Les quatre freins

Si un trait de plume suffit, qu'est-ce qui empêche l'infini ? Quatre freins — et aucun n'est un stock d'épargne à épuiser.

La demande solvable, d'abord. Un crédit n'existe que si quelqu'un de solvable le demande, et s'il rapporte : marge = taux débiteur − coût de financement − coût du risque − coûts d'exploitation. Prêter à perte ou à des emprunteurs fragiles détruit du capital — le frein le plus ordinaire.

Les fonds propres, ensuite. Chaque prêt mord sur le capital réglementaire, et Bâle III empile les exigences : un ratio CET1 d'au moins 4,5 % des actifs pondérés par les risques, plus un coussin de conservation de 2,5 %, des coussins contracycliques et des surcharges pour les établissements systémiques ; dessous, un garde-fou que la pondération n'allège pas, le ratio de levier de 3 %. Les grandes banques européennes affichaient environ 16 % de CET1 fin 2024. Le capital n'est pas une cagnotte à prêter : c'est une capacité d'absorption des pertes, qui se reconstitue lentement.

La liquidité, troisième frein. Chaque crédit expose à des fuites — retraits d'espèces, paiements vers d'autres banques, réserves obligatoires (1 % des dépôts éligibles en zone euro depuis 2012, rémunérées à 0 % depuis septembre 2023). Depuis Bâle III, deux ratios encadrent l'exercice : le LCR, de quoi survivre à trente jours de stress, et le NSFR, un financement stable à horizon d'un an. Deux horizons, une même exigence : tenir sans appeler au secours.

Le prix de la banque centrale, enfin. Les fuites se règlent en monnaie centrale, et la banque centrale en fixe le prix : le taux directeur. Il se propage au coût de financement des banques, donc aux taux débiteurs, donc à la demande de crédit — le canal du module 11.

Le vieux manuel racontait l'histoire à l'envers : des réserves d'abord, multipliées en dépôts par un coefficient mécanique. La réalité moderne inverse la flèche — le crédit d'abord, les réserves suivent, fournies au prix fixé par l'institut d'émission. Le procès complet du « multiplicateur » se tiendra au chapitre 24.

Quatre cartes : demande solvable, fonds propres Bâle III, liquidité et fuites, prix de la banque centrale — les quatre freins à la création de crédit.

Le frein n'est pas un stock d'épargne : c'est un jeu de prix, de règles et de risques — rentabilité, capital, liquidité, taux.

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Ce que la banque a d'unique — et de fragile

Tout le monde prête ; qui crée ? Quand un fonds obligataire souscrit une émission, un dépôt existant change de mains — M3 ne bouge pas. Quand une banque prête, un dépôt naît. Dans une économie moderne, seules les banques commerciales — et la banque centrale — créent la monnaie ; les marchés la font circuler. Cette différence justifie à elle seule leur régime à part : licence, supervision, capital, garantie des dépôts.

Leur utilité ne s'arrête pas à l'écriture. Les banques sélectionnent et surveillent les emprunteurs — le « contrôleur délégué » de Douglas Diamond (1984) : vous n'avez pas à auditer vous-même les emprunteurs auxquels votre épargne est exposée. Elles transforment les échéances, fabriquant de la liquidité pour les déposants tout en finançant le long terme. Schumpeter voyait plus grand encore : le banquier comme « éphore » de l'économie d'échange, qui autorise au nom de la société les combinaisons nouvelles — choisir qui reçoit le pouvoir d'achat neuf, c'est co-écrire le tissu productif de demain.

La fragilité est l'envers exact de l'utilité. Emprunter court pour prêter long expose à la ruée : si tous les déposants exigent leurs fonds ensemble, la banque la plus saine ne peut pas liquider ses crédits à vingt ans en une semaine — le modèle de Diamond et Dybvig (1983), couronné, avec les travaux de Ben Bernanke, par le prix Nobel 2022. D'où les filets : garantie des dépôts jusqu'à 100 000 € par déposant et par établissement, prêteur en dernier ressort, exigences de liquidité. Quand ces digues cèdent, le crédit devient le combustible des bulles et des crises — le module 15 y reviendra longuement.

Deux circuits comparés : le crédit bancaire crée un dépôt neuf (M3 + 100), l'achat d'une obligation transfère un dépôt existant (M3 inchangé).

La banque crée la monnaie qu'elle prête ; le marché fait circuler celle qui existe déjà. La réglementation découle de cette différence.

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Le crédit, pouls de l'économie — et de vos placements

Pourquoi surveiller la tuyauterie bancaire ? Parce que le crédit est le canal par lequel la politique monétaire atteint l'économie réelle — et son retournement, l'un des rares signaux qui précèdent parfois le cycle.

Le fil rouge du chapitre 8 l'a montré en direct. Fin 2021, un crédit immobilier français se négociait autour de 1,1 % ; début 2024, au-dessus de 4 % — et la production mensuelle de prêts à l'habitat avait été divisée par près de trois dans l'intervalle, gelant le marché immobilier. Au même moment, l'enquête de la BCE auprès des banques enregistrait un net durcissement des critères d'octroi et le crédit aux entreprises calait : toute la mécanique du chapitre, lisible en temps réel.

D'où le tableau de bord. L'encours et sa croissance (mensuel : BCE, Webstat Banque de France) — le pouls de la création monétaire privée. Les conditions d'octroi (trimestriel : Bank Lending Survey de la BCE, SLOOS de la Fed) — l'offre de crédit de demain. Le taux des nouveaux crédits — la transmission de la politique monétaire, mesurée à la source. L'impulsion de crédit, enfin — la variation du flux net rapportée au PIB, souvent en avance sur la conjoncture : c'est le flux, non le stock, qui nourrit la demande.

Pour vos placements, trois lectures. Les valeurs bancaires : leur marge dépend des taux et de la pente de la courbe, leur coût du risque du cycle du crédit. Le régime : un crédit qui accélère nourrit la demande, les résultats et, souvent, les prix d'actifs ; un crédit qui se contracte annonce des vents contraires — en gardant le réflexe des chapitres 1 et 9 : c'est l'écart aux attentes qui fait bouger les prix, pas le niveau. L'excès, enfin : une croissance du crédit durablement plus rapide que celle du PIB nominal est le plus vieux signal d'alerte des crises financières.

Quatre cadrans du crédit : encours et croissance, conditions d'octroi, taux des nouveaux prêts, impulsion de crédit.

Quatre cadrans à consulter chaque trimestre : le crédit dit dans quel régime monétaire vous investissez.

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À retenir

  • Le bilan — Une banque n'est pas un coffre : des crédits à l'actif, vos dépôts au passif — ce sont ses dettes — et une tranche fine de fonds propres (≈ 8 %) pour absorber les pertes. Réserves (liquidité) et capital (solvabilité) sont deux choses distinctes.
  • La création et son revers — « Les crédits font les dépôts » : l'octroi crée simultanément une créance et un dépôt neuf, et plus de neuf euros sur dix de M3 sont de la monnaie de banque commerciale. Mais ce dépôt peut fuir dès le premier paiement, et tout se solde entre banques en réserves (T2) : prêter engage à financer.
  • La respiration — Rembourser le principal détruit d'un même geste du dépôt et de la créance. Payer des intérêts réduit le dépôt et grossit le revenu de la banque ; ses dépenses, intérêts versés et dividendes redonnent des dépôts au public. La masse monétaire, elle, ne retient que le solde.
  • Les quatre freins — Demande solvable et rentabilité ; fonds propres (Bâle III : CET1 4,5 % + coussins, levier 3 %) ; liquidité (fuites, réserves obligatoires à 1 %, LCR/NSFR) ; taux directeur.
  • L'unicité — Seules les banques (et la banque centrale) créent la monnaie ; les marchés la déplacent. La transformation d'échéances rend ce privilège fragile — ruées possibles, d'où garantie des dépôts et prêteur en dernier ressort.
  • Vos placements — Quatre cadrans : encours, conditions d'octroi, taux des nouveaux crédits, impulsion. Le crédit décrit le régime dans lequel vous investissez ; il ne donne pas le prochain trade.

La suite du voyage

La salle des machines n'a plus de secret : l'écriture qui crée, le règlement qui contraint, les freins qui bornent. Mais une banque n'est qu'un rouage. D'où viennent les réserves elles-mêmes ? Que se passe-t-il quand l'État dépense, quand la banque centrale achète des titres ? Le prochain chapitre remonte d'un étage : « La création monétaire : comment l'argent apparaît dans l'économie ». Un geste à faire d'ici là : sur votre prochaine mensualité de crédit, séparez intérêts et principal — les premiers réduisent d'abord votre dépôt et deviennent le revenu de la banque ; le second éteint à la fois dépôt et créance. Un crédit n'est pas un transfert d'argent : c'est une écriture qui en fabrique.

Sources et références

  • Michael McLeay, Amar Radia & Ryland Thomas, « Money creation in the modern economy », Bank of England Quarterly Bulletin, T1 2014 — la citation traduite, la destruction par remboursement, la critique du multiplicateur.
  • Banque de France, « Qui crée la monnaie ? », ABC de l'économie — l'essentiel de la monnaie est créé par les banques commerciales lors de l'octroi de crédits.
  • Stephen Quinn, « Goldsmith-Banking: Mutual Acceptance and Interbanker Clearing in Restoration London », Explorations in Economic History, 1997 ; Banque d'Angleterre, « A brief history of banknotes » — les orfèvres londoniens et la saisie de 1640.
  • Joseph Schumpeter, Théorie de l'évolution économique, 1911 — le banquier « éphore » de l'économie d'échange.
  • Douglas Diamond, « Financial Intermediation and Delegated Monitoring », Review of Economic Studies, 1984 ; Douglas Diamond & Philip Dybvig, « Bank Runs, Deposit Insurance, and Liquidity », Journal of Political Economy, 1983 — prix Nobel 2022, avec Ben Bernanke.
  • Comité de Bâle sur le contrôle bancaire, cadre Bâle III — CET1, coussins, ratio de levier, LCR, NSFR ; Autorité bancaire européenne, Risk Dashboard, quatrième trimestre 2024 — ratio CET1 moyen proche de 16 %.
  • Banque centrale européenne — réserves obligatoires (1 % depuis 2012, rémunération à 0 % depuis septembre 2023), Bank Lending Survey, statistiques monétaires (M3, mai 2026).
  • Banque de France, Stat Info Crédits aux particuliers — taux et production des crédits à l'habitat ; ministère de l'Économie, bilan des prêts garantis par l'État (≈ 143 Md€, près de 700 000 entreprises).